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Décryptage – Santé connectée : Cheval de Troie ou véritable opportunité pour les assureurs ?

Par David Pimentel, le 27 juillet 2015 dans Décryptage

100 000

nombre d’applications mobiles dédiées à la santé en 2013

2 milliards d’objets connectés, 30 équipements de ce type en moyenne par foyer, pour un marché annuel valorisé à 74 milliards d’euros…Bienvenue dans la France connectée de 2020.

Si les objets connectés ne sont à proprement parlé pas nouveaux, les évolutions technologiques et surtout marketing tendent à favoriser leur diffusion et à transformer nos usages du quotidien.

Au pays des champions de la consommation d’antibiotiques et d’antidépresseurs, la « santé Connectée » figure parmi la tête de liste de ces nouvelles tendances, et semble d’ailleurs promise à un bel avenir.

Sans offrir de réelle rupture, elle laisse entrevoir des changements importants pour les consommateurs, mais pas seulement.

Innovations, prolifération des données personnelles, nouvelles opportunités commerciales… si la santé connectée intéresse fortement les assureurs santé pour leur potentiel, elle pourrait aussi permettre à de nouveaux acteurs de s’imposer sur ce marché…

Pour une meilleure connaissance de soi… et des autres

La promesse d’une vie meilleure est donc là, à portée de main ou bien même déjà sur votre poignet. Lorsqu’on vous demandera prochainement l’heure, vous répondrez peut-être « je suis en pleine   forme, merci. ».

De la mesure de nos fonctions vitales à l’autodiagnostic, la santé connectée poursuit deux objectifs complémentaires : la télémédecine et le bien-être. Du pilulier connecté au bandeau « Dreem » améliorant la régénération des capacités cognitives pendant le sommeil, les possibilités de demain sont vastes.

Si les aspects techniques et matériels de l’innovation sont toujours les plus visibles, c’est du côté de l’applicatif qu’il faut se tourner pour identifier les origines de la valeur ajoutée : savoir collecter, traiter et restituer l’information avec pertinence.

La startup française Greenpred mise par exemple sur un algorithme capable de prédire les maladies…rien que ça !

Inutile d’attendre un signal aussi fort pour se rendre compte du potentiel du marché. L’augmentation des applications santé/bien-être disponibles sur le marché en témoigne à elle seule : au nombre de 20 000 il y a 2 ans, elles ont dépassé la barre des 100 000 l’année dernière, signe de la mutation progressive de nos modes de vie.

Ces nouveaux outils – et nouvelles applications – amènent également leur lot de débats. Puisque l’utilisation de ces dispositifs implique la création de données, qu’en est-il du droit de propriété et de leur utilisation à des fins commerciales ?

Santé connectée 1Source : Bracelet Fitbit HR

Un nouveau moyen de différenciation pour les assureurs ?

A l’heure des objets « communicants », les données clients sont le plus souvent détenues par les fabricants de l’innovation, à l’image d’Apple et de son service Healthkit, dont le duo Omar et Fred avait fait la promotion, ou encore de Samsung avec sa plateforme SAMI.

La valeur de ces données n’a d’ailleurs pas échappé aux assureurs santé, notamment parce qu’une utilisation poussée pourrait permettre de :

  • Affiner la tarification des produits par client, à tel point que l’on parle de « micro-tarification »
  • Diminuer la sinistralité par la mise en œuvre de politiques de prévention ciblées
  • Dégager de nouveaux leviers de diversification en proposant des services différenciants de coaching santé et bien-être.

Ces points sont particulièrement déterminants sur le marché de l’assurance santé pour gagner des parts de marché : la faible différenciation des produits et leur grande interchangeabilité conduisent les assureurs à mener une guerre des prix.

Proposer moins cher (micro-tarification) et différent (différenciation) est alors un précieux atout pour se positionner.

De la théorie à la pratique : un pas de géant

Les assureurs John Hancock (USA) et AXA (France) font figure de précurseurs en matière d’utilisation des données de santé.

Santé connectée 2Premiers à coupler une complémentaire santé avec un bracelet connecté (respectivement Fitbit et Withings),  ils permettent à l’assuré de réduire ses cotisations (John Hancock) ou d’obtenir des chèques-cadeaux (AXA)  selon  le niveau d’activité physique pratiquée.

Cette démarche est vertueuse de par l’encouragement à l’exercice et permet par la même occasion de diminuer la sinistralité, sans parler du joli coup de pub… !

Si le potentiel d’utilisation est bien là, notons cependant que la capacité à collecter et digérer la donnée reste tributaire d’un partenaire (Fitbit, Withings), et que la capacité à créer de la valeur ajoutée via la donnée est pour le moment totalement inexistante… C’est bien ce dernier point qui est le plus problématique : il est compliqué à mettre en œuvre. D’abord parce que les assureurs n’ont pas ou peu de savoir-faire en la matière, ensuite parce que l’internalisation de telles compétences nécessite de consentir à de lourds investissements pour des bénéfices encore incertains.

Si la santé connectée laisse donc espérer de nouvelles perspectives pour les assureurs santé, la réalité montre cependant un risque de dépendance croissante à de nouveaux acteurs, voire l’apparition de nouveaux challengers…

Quand le loup s’invite dans la bergerie

A l’inverse des assureurs, les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) bénéficient des ressources clés pour prendre position sur ce nouveau marché : détention

de l’information, capacité à la valoriser, proximité avec les consommateurs et capital confiance pourraient faire d’eux des concurrents redoutables, ou dans une moindre mesure, des partenaires incontournables. Google multiplie par exemple les tentatives d’incursion sur le marché de l’assurance par le biais de mises en ligne de comparateurs d’assurances (UK, France, USA).

Bien que la réussite de ces initiatives soit pour le moment à nuancer, une réussite à la Google dont seule la firme a le secret marquerait un pas de plus dans l’éclatement de la chaine de distribution, et donc des marges… ! Le couplement des assurances santé et des objets connectés peut donc offrir de belles perspectives aux assureurs, à condition d’être en première ligne.

A défaut, ces innovations pourraient permettre à de nouveaux concurrents de mettre un pied sur le marché en utilisant pourquoi pas l’objet connecté comme vecteur de distribution, et relayant ainsi l’assureur à son rôle historique : simple prestataire financier…

Plus :

  • Présentation du Bandeau Dreem  lien
  • Pilulier connecté lien
  • Pourquoi les objets connectés font rêver les compagnies d’assurances, Sciences & Prospectives lien

 

David PIMENTEL   David PIMENTEL

Consultant

Assurance

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