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Le coin des innovations – African M-banking : Quand la réalité dépasse l’innovation

Par Gérald Grossan, le 14 septembre 2015 dans Le coin des innovations

Les pays développés cherchent à innover et à repenser un système bancaire sous contrainte, alors que l’Afrique, elle, invente son propre modèle en particulier autour du Mobile Banking. Sous bien des aspects cette dernière prépare notre banque de demain.

Dans 15 ans, 2 milliards de personnes dans le monde utiliseront leur téléphone portable pour payer, emprunter et épargner. Mais en Afrique, le Mobile Banking est d’ores et déjà une réalité. Il permet sous des formes très innovantes et fonctionnelles de se substituer à la bancarisation traditionnelle et il accélère le développement de l’e-inclusion. De nombreuses initiatives sont opérationnelles et déployées, pour certaines depuis plusieurs années, avec des partenariats opérateurs et / ou bancaires.

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Au Kenya, plus de 75% des adultes utilisent l’application M-Pesa pour régler leurs factures courantes : électricité, taxi….

Il en est de même dans de nombreux pays où l’application s’est très fortement développée ces dernières années : Tanzanie, Afrique du Sud mais aussi en Afghanistan, en Inde et même en Europe avec la Roumanie. C’est l’application n°1 de Mobile Banking au monde : un simple SMS et un téléphone low-cost suffisent pour réaliser les opérations ; c’est ce qui fait en grande partie le succès de cette société.

La réussite de M-Pesa n’est pas isolée en Afrique. De nombreuses start-ups inventent de nouvelles solutions pour renforcer l’inclusion des 75% d’africains exclus du système bancaire traditionnel.

Le développement du nombre de smartphones ouvre aussi la voie à de nouvelles applications : aujourd’hui l’Afrique compte 100 millions de terminaux intelligents, en 2017 les prévisions tablent sur 350 millions en raison de la chute des prix des terminaux avec l’arrivée des low-cost. Ce développement rapide des terminaux intelligents permettra de nouveaux accès dont ceux via les réseaux sociaux.

Toujours au Kenya, NIC Konnect sonne l’arrivée de la banque sociale. La réalisation d’opérations via Facebook et Twitter sera possible tout comme sur les services de messagerie instantanée WhatsApp et Telegram. A terme de nombreuses fonctionnalités seront mises à disposition des clients ; allant même jusqu’à l’ouverture de compte.

Ainsi, SnapScan propose un paiement sans contact en prenant une simple photo avec son smartphone. Cette application permet pour les commerçants informels d’accepter le paiement par QR Code en le convertissant en bon d’achats (variante « cash to Goods ») et pour les commerçants déclarés de transférer les fonds sur leur compte bancaire. A ce jour près de 20 000 vendeurs déclarés en Afrique du Sud utilisent ce service. Elle est un concurrent africain sérieux à l’Apple Pay.

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Autre application, Afrimarket (société franco-africaine qui propose du «Cash to Goods»), permet à la diaspora africaine d’aider leur famille en réglant leurs dépenses de la vie courante via un réseau de boutiques partenaires. Au Sénégal, près de 80 % des transferts de fonds sont directement utilisés pour acheter de la nourriture.

 La start-up Beam ghanéenne utilise les Bitcoins, pour réduire les frais de commissions surtout lors des transferts d’argents depuis un autre continent. Leur objectif est de diviser les frais par 3 afin de passer de 10% en moyenne à 3% (sur les 60 milliards de dollars envoyés sur le continent africain par les migrants, plus de 7 correspondent aux frais de transferts). Le système est simple : Le client convertit son montant initial en Bitcoins, passe après par le service mobile de Beam qui se chargera de le transférer et convertir en cédis ghanéens sur le mobile du destinataire. La volatilité du bitcoin est réduite au minimum par une transaction réalisée dans les dix minutes, laps de temps trop faible pour que la variation de son cours ait un impact significatif sur le taux de transfert ; Beam collabore également avec des brokers de Bitcoins britanniques.

A Nairobi, la start-up BitPesa propose une solution équivalente. Les kenyans vivants à l’étranger peuvent envoyer leur épargne à leurs proches via BitPesa, donc avec des Bitcoins. Les destinataires peuvent ainsi convertir les Bitcoins en shillings kenyans, acheter du crédit directement sur M-Pesa et même recharger leurs téléphones.

Mais seule la confiance dans les bitcoins garantira l’avenir de ces deux solutions.

 A mi-chemin entre le transfert d’argent et la bancarisation, Wizzit, l’application développée depuis plus de 10 ans permet au client d’accéder à une domiciliation bancaire. Elle est présente dans 7 pays et a permis à plus de 7 millions de personnes une bancarisation par ce service mobile. Au départ, Wizzit est utilisée pour envoyer de façon plus sécurisée de l’argent à des parents via mobile ; dans un second temps elle permet une domiciliation bancaire qui assoit également la position sociale de ces nouveaux clients.

 Toutes ces initiatives sont plus que de simples expériences innovantes. Elles sont de véritables alternatives viables, opérationnelles, une réalité dans une Afrique en plein essor. En cela l’avance des start-up Africaines est réelle et elle met en lumière des innovations qui parfois se cherchent encore dans notre vieille Europe.

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Gérald Grossan

Directeur

Banque de détail & SFS

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